La politique risquée de la BCE
La BCE a tardé à augmenter ses taux d'intérêt pour combattre l'inflation. Par conséquent, les prix continuent d'augmenter, les salaires ont augmenté et les perspectives de croissance sont très décevantes, selon Patrick Artus.
Selon les propos de Patrick Artus, économiste chez Natixis,
En octobre 2022, l'inflation totale dans la zone euro a atteint son niveau le plus élevé, à 10,6 %. Depuis lors, elle a diminué, mais semble se stabiliser, car en juillet et en août 2023, elle est restée presque inchangée au même niveau (5,3 % et 5,2 %). La baisse de l'inflation est largement due à la diminution des prix de l'énergie (+39 % sur un an en août 2022, -3,3 % sur un an en août 2023). L'inflation, excluant l'énergie et les aliments non transformés, reste à 6,2 % sur un an en août 2023.
Face à cette augmentation des prix, comment la Banque centrale européenne a-t-elle réagi ? Sa stratégie peut être qualifiée de très prudente, voire d'attentiste. Ce n'est qu'en juillet 2022 que la BCE a augmenté ses taux d'intérêt (en portant le taux repo à 0,5 %), alors que l'inflation approchait 9 % et l'inflation hors énergie et aliments non transformés atteignait 5,5 %. Aujourd'hui encore (début octobre 2023), le taux repo n'est que de 4,50 %, ce qui se traduit par un taux d'intérêt réel négatif de -0,80 % si l'on prend en compte l'inflation totale pour le calculer.
En outre, lorsque la BCE décide d'augmenter ses taux d'intérêt directeurs pour la première fois en juillet 2022, les salaires nominaux dans la zone euro ont déjà augmenté de 4 %. Cela signifie que l'inflation n'est plus uniquement due à la hausse des prix de l'énergie et des matières premières alimentaires, mais qu'elle est clairement liée à une augmentation des salaires.
Une approche de l'attentisme adoptée
Cette approche n'a engendré que des résultats négatifs. Elle a entraîné une baisse de l'activité économique dans la zone euro sans pour autant avoir un impact significatif sur l'inflation. Par conséquent, la zone euro est maintenant confrontée à une situation de stagflation, caractérisée par une croissance quasi inexistante et une inflation élevée.
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Les perspectives de croissance pour l'année 2023 sont sombres dans la zone euro, car les indices avancés de la production (les PMI) laissent présager une récession imminente tant dans l'industrie que dans les services. Cette situation découle de plusieurs facteurs, notamment la baisse du pouvoir d'achat des ménages depuis la fin de l'année 2021 et la diminution des investissements des entreprises.
Particulièrement, l'augmentation des taux d'intérêt a entraîné une diminution significative des investissements dans le secteur du logement ; depuis la fin de l'année 2021, le nombre de nouveaux chantiers de construction dans la zone euro a baissé de 33% ; les prix de l'immobilier, qui augmentaient de 10% par an, sont maintenant en recul ; la situation est encore plus préoccupante pour le secteur de l'immobilier commercial (bureaux, commerces).
Perte de confiance
Le passage à une situation de stagnation, voire même de régression de l'activité économique au second semestre 2023 dans la zone euro, n'a pas entraîné une baisse rapide de l'inflation, comme mentionné précédemment. Bien que l'inflation globale semble se stabiliser légèrement au-dessus de 5 %, l'inflation hors énergie et aliments non transformés reste supérieure à 6 %. Il est peu probable que l'inflation dans la zone euro diminue davantage, étant donné que l'augmentation des salaires nominaux atteint 5,5 % sur un an et que la productivité du travail diminue.
De plus, il faut prendre en compte la perte de confiance envers la BCE. Une banque centrale qui inspire confiance bénéficie d'une stabilité des attentes d'inflation autour de son objectif d'inflation (qui est de 2% dans la zone euro), même si à court terme l'inflation dépasse cet objectif. En revanche, dans la zone euro, on constate une augmentation constante des anticipations d'inflation à moyen terme : 1,2% au début de 2022, 2,2% au début de 2023, et 2,7% fin septembre 2023.
Le résultat de l'action de la BCE depuis le début de 2022 est clairement négatif. En effet, la BCE a entraîné une stagnation de l'économie de la zone euro tout en laissant une inflation élevée persistante. De plus, elle a accepté une augmentation rapide des salaires et a perdu sa crédibilité.
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Le maintien d'une politique monétaire légèrement restrictive, telle qu'elle est actuellement, n'aura aucun impact positif sur la situation. Il aurait été préférable soit d'accepter une période d'inflation élevée tout en évitant une contraction de l'activité économique, soit d'adopter une approche préventive pour empêcher l'inflation de se propager. Cela aurait entraîné une hausse des taux d'intérêt dès le milieu de l'année 2021, lorsque l'inflation a dépassé les 2%.
Il est très préoccupant que le caractère préventif de la politique monétaire face à l'inflation ait été négligé.
Patrick Artus occupe le poste de conseiller économique au sein de Natixis.
Patrick Artus,
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