La situation économique de l'Allemagne se détériore et de nombreux observateurs en France se réjouissent de cela. Cependant, ils ont tort car une Allemagne forte est essentielle pour éviter des tensions encore plus graves dans la zone euro et pour maintenir la clémence des marchés financiers envers les dettes des différents pays membres, prévient Ludovic Subran.
Selon Ludovic Subran, qui occupe le poste de Chef Economiste au sein du groupe Allianz, il
En France, de nombreuses discussions tournent autour de la récession prévue en Allemagne, qui devrait atteindre environ -0,3% cette année, tandis que la France devrait connaître une croissance de 1%. Cela semble être une forme de satisfaction malsaine que l'on ressent en observant le malheur des autres, appelée schadenfreude. On pense que l'Allemagne est victime de ses choix économiques, en étant trop dépendante des États-Unis pour la sécurité, de la Russie pour l'approvisionnement en énergie et de la Chine pour les exportations.
Cependant, une récession en Allemagne n'est pas une bonne nouvelle pour au moins deux raisons, en plus de son impact direct sur la croissance française qui est estimé à 0,1 point sur les dix-huit derniers mois. Tout d'abord, cela soulève des questions sur les raisons profondes de cette récession et remet en question la capacité de l'Allemagne à se réformer. Deuxièmement, l'Europe a besoin d'une Allemagne forte, surtout dans un contexte international marqué par des conflits et une vulnérabilité financière.
L'Allemagne, qui avait l'habitude de critiquer les pays voisins pour leur manque de réformes structurelles pendant la crise de la zone euro, se retrouve maintenant confrontée à ses propres problèmes. Bien que les initiatives politiques récentes du gouvernement allemand aillent dans la bonne direction (plan en dix points, manifeste sur la politique industrielle), les entreprises allemandes font face à de nombreuses difficultés : manque de main-d'oeuvre, coûts énergétiques élevés, charges réglementaires et fiscales importantes, ainsi qu'une transformation numérique et écologique lente.
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Les petites et moyennes entreprises familiales, qui sont le moteur de la croissance allemande, sont préoccupées par le manque de compétitivité énergétique et commencent à s'inquiéter de la baisse de l'innovation, des investissements et de la création d'emplois à forte valeur ajoutée. Contrairement à la France, l'Allemagne ne souhaite pas utiliser des subventions pour encourager la réindustrialisation verte, mais préfère se concentrer sur la simplification des réglementations et des procédures administratives. Cependant, cela n'est pas son point fort et cela prendra du temps.
Il existe d'autres options à considérer, telles qu'une réforme des retraites, des réductions ou des crédits d'impôts supplémentaires pour les entreprises, une nouvelle politique migratoire, une nouvelle politique du logement, un soutien clair à la servitisation (qui inclut les nouvelles prestations de service, les logiciels, le Big Data ou le divertissement, associés au secteur manufacturier) et au verdissement. Cependant, ces solutions sont plus coûteuses tant sur le plan économique que politique, et elles sont confrontées à une coalition gouvernementale divisée. Cette incertitude politique affecte également la volonté d'investissement des entreprises et des ménages, ce qui se reflète dans les taux d'épargne records.
Les niveaux d'endettement élevés dans les pays les plus importants d'Europe, ainsi que le ralentissement économique progressif de l'Allemagne, pourraient susciter une inquiétude excessive.
Si l'Allemagne ne parvenait pas à se réorganiser rapidement, quels seraient les effets à moyen terme sur l'Europe et la monnaie unique européenne, l'euro ? Un des principaux bénéfices de la situation financière de l'Allemagne est que sa solide position sur les marchés internationaux du crédit a contribué à stabiliser financièrement les pays de la zone euro qui étaient confrontés à des problèmes budgétaires, ainsi que l'euro lui-même.
Trouver des solutions communes
Les discours réconfortants de Mario Draghi, les plans de sauvetage de centaines de milliards d'euros, les programmes d'achat d'actifs, l'utilisation d'un budget commun, ainsi que la résistance des écarts de taux européens en pleine crise obligataire, reposent tous sur la stabilité de l'Allemagne. Les niveaux élevés d'endettement dans les principaux pays européens, combinés à la lente décroissance économique de l'Allemagne, pourraient susciter des inquiétudes disproportionnées. Il n'est pas seulement nécessaire que l'Allemagne réajuste son modèle économique, mais aussi d'autres pays tels que l'Italie et la France. Il serait préférable de le faire ensemble plutôt que de se nuire mutuellement.
Les élections européennes se rapprochent. Il est possible que le Parlement soit davantage divisé et moins favorable à l'Union européenne en 2024, ce qui pourrait rendre plus difficile la recherche de solutions communes lors d'une période internationale troublée. Dans ces circonstances, il serait préférable d'adopter une attitude de mudita, c'est-à-dire de se réjouir par procuration, un concept cher aux bouddhistes.
Ludovic Subran occupe le poste de chef économiste au sein de l'entreprise Allianz.
Ludovic Subran est un
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