Le cuivre, qui est considéré comme le métal stratégique du XXIe siècle, est en réalité l'un des plus anciens. Il a été utilisé pour fabriquer le bronze des armes et des premiers canons. Aujourd'hui, le cuivre joue un rôle essentiel dans la transition énergétique.
Selon Philippe Chalmin, qui est professeur d'histoire économique à l'université Paris Dauphine et président fondateur de Cyclope,
Alors que nous observons l'expansion des flottes de véhicules électriques sur les routes, y compris ceux provenant de Chine, les inquiétudes concernant l'approvisionnement en métaux stratégiques ou critiques suscitent une grande préoccupation tant en Europe qu'aux États-Unis.
Alors que la Chine impose des limites sur l'exportation de gallium, de germanium et plus récemment de graphite, et qu'elle contrôle la majeure partie de l'extraction et de la métallurgie des métaux sensibles, avec ses entreprises minières dominant des pays tels que la RDC et l'Indonésie, les préoccupations se concentrent sur des métaux tels que le lithium et le cobalt, qui sont essentiels pour la première génération de batteries des véhicules électriques.
Cependant, les discussions qui ont lieu dans les forums internationaux concernant les futures pénuries sont en contradiction avec la réalité des marchés, qui ne constatent que des surplus à court terme dans les facteurs fondamentaux.
En 2023, le lithium a subi une chute spectaculaire, perdant les deux tiers de sa valeur, ce qui en fait la matière première la plus touchée. Cependant, il convient de noter que le marché du lithium est peu transparent. Le cobalt ne se trouve pas dans une situation plus avantageuse.
En ce qui concerne le nickel, grâce aux nouvelles capacités de l'Indonésie, son prix est nettement inférieur aux niveaux exorbitants qu'il avait atteints en 2022.
Il est vrai que, sur des marchés restreints et souvent peu transparents, on a observé, entre 2020 et 2022, l'émergence de véritables bulles spéculatives basées sur la conviction que l'industrie des batteries connaîtrait une forte croissance de la demande.
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Cette réalisation devrait se concrétiser, cependant – comme on le sait – les projets industriels prennent toujours plus de temps que ce que l'on pense pour se concrétiser.
Chaque marché a sa propre histoire, mais il est important de prendre en considération un facteur que les prévisions ne peuvent pas totalement prendre en compte : les avancées technologiques qui permettent, par exemple, de substituer un métal par un autre.
Est-ce que le lithium, le cobalt ou le nickel auront encore une importance stratégique dans quinze ans ? En effet, il faut en moyenne quinze ans pour qu'un projet minier passe des premières estimations géologiques à sa pleine capacité de production, ce qui représente souvent des investissements de plusieurs centaines, voire milliards de dollars. De plus, il faut prendre en compte les risques géopolitiques liés à la dépendance excessive aux matières premières, un problème dont la République démocratique du Congo est un triste exemple.
Le cuivre est un métal qui suscite des inquiétudes légitimes et qui pourrait bien devenir le métal stratégique incontournable du XXIe siècle. Malgré sa longue histoire, c'est l'un des plus anciens métaux connus, le cuivre reste d'une grande importance. Il a été utilisé pour fabriquer le bronze des épées et des premières parties des canons.
Il est également important de noter que le cuivre est souvent négligé lorsqu'il s'agit de la transition énergétique.
Le secteur minier exprime sa préoccupation face à la diminution des initiatives d'extraction de cuivre.
Dans le sud de l'Estrémadure, en Espagne, les mines de Rio Tinto sont exploitées depuis l'époque romaine. Cette région a donné son nom à l'une des compagnies minières les plus importantes au monde. La dernière mine majeure exploitée par cette entreprise est celle d'Oyou Tolgoï en Mongolie. Le cuivre joue un rôle essentiel dans la transition énergétique qui met l'électricité au centre des préoccupations.
Le marché du cuivre, tout comme celui des autres métaux, connaît un excédent en 2023, ce qui a entraîné une légère baisse des prix autour de 8 000 dollars la tonne. En comparaison, les prix étaient encore supérieurs à 10 000 dollars en 2022. Cette baisse est en réalité le signe précurseur de déficits croissants à partir de 2025.
Il est vrai que le recyclage pourrait connaître une croissance, mais cela ne pourra compenser qu'en partie le manque de nouveaux projets et la diminution prévue des mines existantes.
Partout, que ce soit sur terre ou dans les océans, il y a de plus en plus d'obstacles environnementaux, qui sont souvent justifiés. Cela rend les investisseurs hésitants à s'engager dans des projets incertains qui impliquent des sommes considérables d'argent.
Par le passé, les économistes avaient pour habitude d'observer le marché du "Docteur Cuivre" afin de prédire les tendances économiques. Ainsi, après trois millénaires depuis l'âge du bronze, nous sommes de retour à l'importance du cuivre.
Philippe Chalmin est
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