Point de vue | Immigration : Quelle évolution démographique pour l'Europe ?
Alors que le projet de loi sur l'immigration est examiné aujourd'hui en séance publique à l'Assemblée, Didier Bazzocchi et Régis de Laroullière suggèrent de recentrer la discussion sur le déclin de la fertilité en Europe.
Par Régis de Laroullière (un des organisateurs des Forums Mac Mahon), Didier Bazzocchi (Vice-Président du groupe de réflexion CRAPS (Cercle de Recherche et d'Analyse sur la Protection Sociale))
Alors que la loi sur l'immigration est débattue à l'Assemblée nationale et que les discussions sur les quotas et la régularisation par le travail dans les métiers en tension se poursuivent, nous souhaitons apporter une perspective sur la trajectoire démographique de l'Union européenne avant les mouvements migratoires.
Un indicateur important, l'indice de fécondité, qui mesure le nombre d'enfants qu'une femme a en moyenne, est de 1,8 dans notre pays voisin. Ce chiffre est comparé à un taux de 2,1, qui est nécessaire pour renouveler chaque génération. Avec un indice de 1,8, il est le plus élevé parmi les pays de l'OCDE. Actuellement, il manque environ 15% de naissances pour assurer le renouvellement des générations. Cependant, l'immigration compense en grande partie cette insuffisance, et grâce à l'augmentation de l'espérance de vie, notre population globale continue de croître. Selon les prévisions de l'Insee, dans le scénario central, la population atteindra son maximum en 2044, puis diminuera lentement par la suite.
Est-ce que l'Europe connaît un solde démographique négatif ? Le taux de fécondité est d'environ 1,5. Pour les principaux pays, il est de 1,58 en Allemagne, 1,25 en Italie, 1,19 en Espagne et 1,33 en Pologne. Depuis 2012, le solde naturel démographique de l'Union européenne à 27 (nombre de naissances moins nombre de décès) est devenu négatif. Selon Eurostat, la population totale, y compris les mouvements migratoires, pourrait diminuer à partir de 2026. Que se passerait-il si les taux de fécondité restaient stables à l'avenir, sans même envisager une contraction supplémentaire ?
Si le taux de fécondité est de 1,5, le nombre de naissances diminue de moitié en deux générations. En trois générations, il est réduit de trois fois. Pour les pays où la fécondité reste à 1,2, le nombre de naissances est divisé par trois en deux générations et par cinq en trois générations, entraînant une véritable désertification démographique.
Aussi à prendre en compte:
ANALYSE – La diminution du taux de natalité, un nouvel enjeu économique à surmonter pour la France.
L'arrivée de migrants est un soutien crucial pour la France qui doit faire face au vieillissement de sa population.
Peut-on supposer que les pays européens seront confrontés à un dépeuplement de cette envergure ? Étant donné qu'il s'agit de pays riches, bénéficiant d'un climat tempéré et faisant partie d'une population mondiale en croissance pendant encore un certain temps, il est très peu probable que cela se produise. De plus, ils auront besoin d'immigration pour faire face aux besoins d'une population vieillissante et pour limiter les risques, notamment géostratégiques, liés au déclin démographique. La situation est similaire dans les grands pays occidentaux, avec des taux de fécondité de 1,66 aux États-Unis, de 1,43 au Canada et de 1,53 au Royaume-Uni.
Flux migratoire assimilable
En ce qui concerne l'Union européenne, compte tenu de l'absence d'une augmentation de la natalité, il semble inévitable de compenser au moins partiellement le déclin démographique par l'immigration. Cela risque de conduire à une compétition internationale de plus en plus intense et sévère en matière d'immigration. Ne pouvons-nous pas déjà le constater actuellement ?
En ce qui concerne notre pays, étant membre de l'espace Schengen de libre circulation, il est important de prendre en compte ce qui se passe autour de nous. Il est essentiel de prévoir un flux migratoire croissant à l'échelle européenne, de le structurer en termes de volume et de nature, et d'intégrer les immigrants, qu'ils soient anciens ou nouveaux. Il est nécessaire que ce flux migratoire soit suffisant en nombre, qu'il puisse être intégré et qu'il ait le désir de s'intégrer, tout en contribuant de manière adéquate à la couverture des besoins économiques de nos pays respectifs, après avoir pris en compte les ressources internes disponibles.
Également à lire:
ENTRETIEN – Sacha Houlié : concernant l'immigration, "il serait irresponsable de s'écarter de notre ligne politique fondamentale".
Selon Marine Le Pen, le Rassemblement National (RN) s'oppose fermement à cette loi sur l'immigration.
Est-ce que la discussion ne devrait pas se concentrer davantage sur la trajectoire démographique qui nous concerne, ainsi que nos voisins, que ce soit en ce qui concerne notre propre politique d'immigration, notre politique du travail incluant une politique proactive de retour à l'emploi ou notre contribution à la politique européenne ?
Didier Bazzocchi occupe le poste de vice-président au CRAPS, un groupe de réflexion spécialisé dans le domaine de la protection sociale.
Régis de Laroullière fait partie de l'organisation CRAPS et il participe également à l'animation des Forums Mac Mahon.
Régis de Laroullière et Didier Bazzocchi sont les auteurs de ce texte.
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