Philippe Trainar se demande comment expliquer la hausse importante des primes d'assurance en 2024, malgré le ralentissement de l'inflation générale des prix et la persistance de la sous-indexation des salaires.
Selon Philippe Trainar, qui est professeur au CNAM et membre du Cercle des économistes,
Selon le dernier rapport trimestriel d'Aon, les primes d'assurance ont tendance à augmenter dans le monde entier, avec des variations allant de 1 % à 10 % en fonction des régions et des secteurs d'activité. Cette tendance est particulièrement observée en Europe et au Royaume-Uni, notamment pour les assurances couvrant les catastrophes naturelles, les risques automobiles, les dommages aux biens, la responsabilité civile et la santé. En revanche, les assurances couvrant les risques cyber et les risques de responsabilité des dirigeants ne sont pas impactées par cette augmentation.
Il est légitime de se poser des questions sur les raisons de ce que certains appellent déjà une "flambée" des primes d'assurance, alors que l'inflation générale des prix semble ralentir et que la sous-indexation des salaires persiste. Cependant, il est trompeur de comparer l'évolution des primes d'assurance à l'inflation. En réalité, les primes d'assurance suivent l'évolution de l'inflation générale des prix avec un certain retard. C'est d'ailleurs l'un des défis auxquels l'assurance est confrontée face à l'inflation.
En réalité, les compagnies d'assurance partagent le risque d'inflation entre plusieurs générations de contrats. Si l'inflation augmente au cours de l'année, les assureurs ne pourront ajuster leurs primes qu'au moment où les contrats arriveront à échéance, ce qui peut prendre au moins six mois à un an. Par conséquent, ce sont les primes de 2024 qui refléteront pleinement le pic d'inflation observé en 2022-2023.
La comparaison entre l'évolution des frais d'assurance et l'augmentation des prix est également trompeuse pour de nombreuses autres raisons. En réalité, les frais d'assurance ne tiennent pas seulement compte de l'augmentation des prix, mais aussi des coûts liés aux sinistres.
Cependant, du point de vue des assurances, il y a une augmentation des sinistres due à l'élargissement des domaines à risques. Les assureurs doivent donc ajuster leurs tarifs pour maintenir leur stabilité financière.
On peut observer cette tendance à trois niveaux distincts. Le premier est lié au phénomène du changement climatique, qui augmente les chances de survenir de catastrophes naturelles telles que fortes chaleurs, pluies torrentielles et tempêtes, avec toutes les conséquences qui en découlent, comme les inondations, les vents violents et les incendies. De plus, cela contribue à une augmentation des coûts liés à l'indemnisation des risques climatiques.
De plus, les sociétés sont préoccupées par la possibilité de ne pas pouvoir souscrire une assurance pour faire face aux dangers liés au changement climatique.
L'intelligence artificielle est désormais considérée comme un risque majeur pour le climat.
Le deuxième point concerne l'élargissement des domaines de responsabilité des acteurs économiques (responsabilité pour les produits, responsabilité professionnelle, responsabilité civile…) ainsi que l'augmentation des coûts qui y sont associés (augmentation des frais pour les préjudices moraux, hausse continue du coût de la vie humaine… souvent décidée par les juges). Le troisième point concerne l'accroissement des risques liés à la conformité, qui va de pair avec la multiplication des réglementations (protection des données personnelles, protection des consommateurs, sanctions économiques internationales, ESG…).
Il est important de comprendre que chaque facteur mentionné impacte l'ensemble de la tarification de l'assureur, même s'il ne concerne qu'une partie des risques qu'il couvre. Cela s'explique par le fait que ces risques sont rarement indépendants les uns des autres sur le plan matériel, et qu'ils sont tous liés financièrement grâce au principe de mutualisation, qui permet de réduire le coût global de la couverture des risques.
Ces deux formes d'interdépendance sont liées au coût du capital des risques, ce qui crée une différence entre l'inflation globale et l'inflation des primes d'assurance.
Ceci explique pourquoi les primes d'assurance augmentent de manière mécanique dans le contexte actuel. Si l'on essaie de s'y opposer, on risque de compromettre la capacité des assureurs à faire face à leurs obligations financières.
Philippe Trainar
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