L'Allemagne perd son statut d'exception avec les défis de l'inflation, des prix de l'énergie et des changements géopolitiques. Contrairement aux autres pays du G7, elle a connu une récession en 2023.
Par moi-même, Dominique Se
La confirmation que l'Allemagne a connu une récession en 2023 (-0,3%) a été un choc pour les Allemands. C'est seulement la 9ème fois que cela se produit depuis 1951, ce qui en fait un événement important. Cependant, cela est particulièrement préoccupant pour l'Allemagne, où l'économie joue un rôle central. Le fait d'être en première page du "FT" toute la journée à cause de cette actualité est considéré comme humiliant.
Selon l'analyste Joseph de Weck dans un article du Grand Continent il y a quelque temps, lorsque le taux de chômage est élevé en France, les Français peuvent encore se consoler avec leur mythe révolutionnaire ou leur arsenal nucléaire. De même, lorsque la Grèce est sur le point de faire défaut sur ses paiements, les Grecs ont toujours Platon et les oliviers pour se réconforter. Et enfin, lorsque les États-Unis échappent à une nouvelle crise financière, ils peuvent se raccrocher au rêve américain et à Beyoncé.
Il se demandait ce qui se passerait dans une économie qui cherche une raison d'être politique si son PIB cesse brusquement de croître. C'est une question complexe. Ce qui s'est produit l'année dernière est particulièrement intéressant car cela suggère que le modèle économique de notre voisin est gravement affecté et que ce qui le rendait exceptionnel ces vingt dernières années ne l'est plus.
4 raisons
La récession en Allemagne peut être expliquée techniquement par la baisse de la consommation des ménages (-1,1%). Malgré une augmentation des salaires, les Allemands ont exprimé leur forte aversion historique pour l'inflation. Cela rappelle aux Allemands l'importance de demander à la BCE de remplir efficacement sa mission de maintien de la stabilité des prix, selon l'éditorialiste de la FAZ – Frankfurter Allgemeine Zeitung.
L'augmentation des prix de l'énergie a également eu un impact négatif sur l'activité industrielle. Dans le secteur chimique, qui est considéré comme le leader en Europe, l'activité a chuté de plus de 20% en seulement deux ans ! Cela est particulièrement préoccupant dans un pays qui compte des acteurs majeurs tels que BASF. De manière choquante, les industriels envisagent de quitter leur pays d'origine pour investir aux États-Unis, où l'énergie est l'une des moins chères au monde.
En plus des problèmes internes, il y a également un facteur externe qui s'ajoute. Le modèle économique allemand repose en grande partie sur les exportations, qui représentent la moitié de la production du pays. Cependant, le ralentissement de l'économie chinoise et la montée en puissance des concurrents locaux, notamment dans le secteur automobile, ont freiné les entreprises allemandes. De plus, il y a un certain protectionnisme de la part des États-Unis. On peut imaginer les difficultés que Berlin rencontrerait en cas de retour de Donald Trump au pouvoir.
Qu'en est-il du célèbre modèle social et politique allemand, qui se distingue par le dialogue, la collaboration et même la participation conjointe ? Sur le plan politique, la coalition gouvernementale avance lentement et l'extrême-droite continue de gagner du terrain, comme partout ailleurs. Dans les entreprises, il arrive parfois que les prises de risques soient entravées. De plus, les agriculteurs ont manifesté à Berlin hier soir, nous rappelant ainsi les manifestations des Gilets Jaunes en France.
L'influence durable de Merkel
À la réflexion, il devient de plus en plus évident que notre voisin puissant subit les conséquences de la lenteur relative des réformes durant les années Merkel. Son pari raté d'intégrer la Russie en Europe en achetant une grande quantité de gaz lui a finalement coûté très cher : sans ce gaz et sans une source d'énergie alternative compétitive, l'économie est vulnérable. De toute évidence, le secteur automobile semble également désorienté face à l'électrique.
Du point de vue allemand, la bonne nouvelle est que 2024 semble prometteur, avec la plupart des économistes, tant privés que publics, prévoyant le retour de la croissance. De plus, certains fondamentaux restent solides. Malgré l'arrivée d'un million de Syriens et d'autant d'Ukrainiens, le taux de chômage n'a que légèrement augmenté. Le produit intérieur brut de l'Allemagne s'est élevé à 4 121 milliards d'euros, comparé à 2 639 milliards d'euros en France (pour l'année 2022).
Dominique Seux est un
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