Une nouvelle interprétation des comportements des épargnants face aux grandes crises, comme le Covid, est proposée grâce à une étude menée par la Paris School of Economics avec une méthodologie originale. Cette étude remet en question l'idée reçue selon laquelle les épargnants ont une aversion au risque.
Selon Luc Arrondel, qui est un économiste spécialisé dans le domaine du sport
Est-ce que le comportement des personnes qui épargnent peut changer pendant les périodes de crise ? Ou est-ce que, comme le dit Gary Becker, leurs préférences individuelles sont-elles stables dans le temps ?
Bien que les économistes préfèrent généralement la stabilité à l'instabilité d'un point de vue théorique, il est important de se demander si des chocs, qu'ils soient liés à la santé, à la nature, aux conflits ou à l'économie, sont susceptibles de changer les préférences des individus en termes de risque et de temps, et par conséquent, leur comportement. Cette question revêt une importance empirique majeure en matière de politique publique.
Beaucoup d'experts affirment que l'excès de prudence dans les portefeuilles des ménages depuis la crise de 2008, où la demande d'actions a diminué de 50%, est dû à une augmentation de l'aversion au risque pendant cette période de "grande récession".
De nombreuses études empiriques ont tenté de déterminer si la propension à prendre des risques évolue dans le temps, ou si elle est durablement modifiée par des événements de la vie tels que des problèmes de santé, la perte d'un proche, le chômage ou des pertes financières, ainsi que par des chocs structurels tels que des catastrophes naturelles, des guerres ou des crises économiques auxquels les individus sont confrontés. Les résultats obtenus varient d'une étude à l'autre : certaines constatent une augmentation, d'autres une diminution, tandis que d'autres encore notent une stabilité de l'aversion au risque. Les conclusions dépendent de l'origine des chocs, de la population étudiée, de la méthodologie de mesure utilisée et de la nature des questions posées.
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La pandémie de Covid-19 a offert une nouvelle opportunité d'étudier cette question. Les différentes études qui ont analysé l'impact de la crise sanitaire sur les personnes qui économisent, notamment leurs attitudes envers le risque, ne parviennent pas à se mettre d'accord sur l'effet observé. Selon nous, cela remet en question la méthode utilisée pour mesurer les préférences (comme les loteries monétaires ou les échelles de Likert) ainsi que le contexte dans lequel ces mesures sont prises (expériences souvent réalisées auprès d'étudiants).
Une nouvelle approche
Ainsi, notre étude empirique sur la France, basée sur une enquête réalisée auprès d'un échantillon représentatif avant et pendant le confinement, utilise une méthode originale pour mesurer l'aversion au risque. Cette méthode repose sur des scores qualitatifs et ordinaux qui sont calculés à partir d'un ensemble d'environ cinquante questions couvrant différents aspects de la vie (consommation, loisirs, investissements, travail, famille, santé, retraite…).
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Le fait que cette approche ait pu être répétée exactement dans cinq enquêtes différentes (la première en 2007 avant la crise économique de 2008) a permis de vérifier sa solidité… et de conclure qu'elle est plus efficace que les méthodes traditionnelles en termes de cohérence temporelle et de capacité à expliquer les comportements.
Facteurs personnels
Cette approche avait déjà conduit à la constatation de la stabilité des choix avant et après la faillite de Lehman Brothers en 2008. L'étude menée après la pandémie de Covid-19 aboutit également à une stabilité des opinions concernant le risque : le confinement généralisé n'a donc pas influencé les préférences des épargnants français.
Ainsi, d'autres éléments personnels tels que les ressources futures, le risque de chômage, la retraite, la santé et les croyances sur les rendements des actions doivent être pris en compte pour comprendre les comportements financiers récents, tels que l'augmentation de l'épargne depuis 2020 ou la baisse de la demande d'actions au cours des quinze dernières années.
Luc Arrondel et Fabrice Etilé enseignent à l'école d'économie de Paris (PSE).
Luc Arrondel et Fabrice Etilé sont les auteurs de cet
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