La production de riz provoque une importante émission de méthane, un gaz qui contribue fortement au réchauffement climatique. Bien que les agriculteurs adoptent progressivement de nouvelles techniques plus respectueuses de l'environnement, l'introduction d'une politique de crédits carbone pourrait accélérer ce processus.
Par moi, Frank Niedercorn
Est-ce que les personnes qui consomment du riz seront un jour tenues pour responsables du changement climatique ? Bien que le secteur de l'élevage soit le principal producteur mondial de méthane, responsable de 19% des émissions causées par les activités humaines, la production de riz se situe juste derrière avec 12%.
Vassily Carantino, qui est cofondateur de CarbonFarm, une start-up qui cherche à résoudre ce problème, affirme que l'impact de la culture du riz sur le changement climatique est largement sous-estimé.
Thème délicat
Le potentiel de réchauffement du méthane (CH4) est lié à tout, étant trente fois plus élevé que celui du CO2, bien que son effet soit de courte durée. Selon Vassily Carantino, bien que le méthane puisse contribuer à 30% à 50% du réchauffement climatique au cours des dix prochaines années, "l'adaptation de la culture du riz est l'un des moyens les plus efficaces de lutter contre cela".
La question est délicate en raison de l'importance du riz dans l'alimentation et l'économie mondiale, d'autant plus que le secteur connaît une diminution des rendements en raison du changement climatique, tandis que la demande est en hausse.
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Dans les rizières, qui représentent environ 15 % des terres cultivées, les émissions de méthane sont causées par la présence de bactéries qui produisent ce gaz en consommant des matières organiques. Selon Sébastien Guéry, un consultant en agriculture durable en Espagne, ces bactéries se développent particulièrement dans des conditions où le sol est saturé d'eau. Cependant, en asséchant la première couche du sol, on peut durablement réduire ce processus de production de méthane.
Pour réduire les émissions de méthane, une méthode consiste à utiliser l'irrigation alternée (AWD en anglais) en laissant partiellement la rizière se dessécher plusieurs fois par an. Selon Bjoern Ole Sander, superviseur de l'International Rice Research Institute (Irri) aux Philippines, en Thaïlande et au Vietnam, cette méthode permet de réduire les émissions d'au moins 50%. Même avec une seule période de sécheresse par an, on peut parvenir à une réduction de 30% à 35%. Cependant, cette approche est encore peu utilisée dans la production de riz, qui est principalement dominée par des agriculteurs travaillant sur de petites surfaces.
Selon Bjoern Ole Sander, le défi principal est de convaincre les agriculteurs d'adopter ces méthodes. Au Vietnam, où la riziculture est responsable d'une plus grande quantité de gaz à effet de serre que les transports, cette question est devenue presque une priorité nationale. L'Irri encourage l'utilisation de nouvelles variétés de riz et de techniques agricoles pour réduire les émissions de méthane, l'utilisation de produits chimiques et la consommation d'eau. Récemment, le pays a annoncé un plan visant à cultiver du riz "bas carbone" sur un million d'hectares.
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Certains suggèrent de changer radicalement le modèle agricole en adoptant le système de riziculture intensive (SRI). Cette approche agroécologique permet de réduire considérablement les émissions de méthane, d'améliorer les rendements tout en nécessitant moins de semences et moins de produits chimiques. Selon Erika Styger, professeur d'agronomie à l'université Cornell aux États-Unis, il s'agit de la meilleure méthode agronomique pour cultiver du riz, offrant à la fois une réponse au changement climatique et aux besoins d'autosuffisance alimentaire, notamment en Afrique qui importe actuellement 40% de son riz.
Peu importe le modèle agronomique utilisé, il est possible que le numérique apporte son aide. CarbonFarm a mis au point une intelligence artificielle qui analyse les images satellitaires dans le but d'identifier les agriculteurs qui pratiquent l'irrigation alternée, et de calculer ainsi les émissions de méthane évitées. Selon Vassily Carantino, le directeur de l'entreprise, cette technologie devrait permettre d'établir un système de crédit carbone efficace et crédible, étant donné qu'il est difficile de se fier uniquement à la bonne foi des agriculteurs.
Mettre en valeur la paille de riz
Environ dix projets pilotes ont été lancés à travers le monde, y compris au Vietnam, où 3 000 agriculteurs sont encouragés à utiliser l'irrigation alternée et sont rémunérés grâce à un système de crédits carbone. Selon Vassily Carantino, cela peut représenter jusqu'à 120 euros par an pour un agriculteur dont les revenus s'élèvent à environ 800 euros.
En Ghana, les agriculteurs sont soutenus dans leur conversion grâce à un projet financé par la Suisse et supervisé par les Nations unies. À Séville, ce sont les entreprises privées telles que Herba Ricemills ou le géant américain Mars qui pourraient financer la conversion des agriculteurs grâce au projet Oryzonte. Sébastien Guéry affirme que les entreprises en aval de la chaîne de valeur encouragent l'évolution des pratiques agricoles pour améliorer leur propre empreinte carbone. CarbonFarm s'est également associé à l'université Cornell dans le cadre du programme ClimatRice pour promouvoir le système de riziculture intensive.
Cependant, l'utilisation de l'irrigation intermittente ne sera pas une solution complète pour résoudre le problème des émissions de méthane. D'autres possibilités sont en cours d'exploration, telles que l'utilisation de la paille de riz. Normalement, cette paille est brûlée, ce qui entraîne une pollution importante, ou elle est enfouie dans les rizières, ce qui contribue à augmenter les émissions de méthane.
Ikea a récemment introduit une gamme de produits fabriqués à partir de paille de riz, tandis que des jeunes entreprises la transforment en bioplastique. Au Vietnam, l'université Can Tho a développé une nouvelle méthode qui utilise cette paille comme support pour cultiver des champignons.
Il est également intéressant de noter que l'agriculture pourrait se développer dans l'espace.
Selon Bjoern Ole Sander, d'énormes avancées seront réalisées dans la culture du riz au cours des prochaines années, ce qui offre un potentiel d'amélioration considérable. À plus long terme, d'autres méthodes de culture, telles que l'irrigation par goutte à goutte, pourraient être envisagées. Cela permettrait de réaliser des économies d'eau et de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre.
Nous n'en sommes qu'au stade expérimental. Selon Sébastien Guéry, à long terme, cette idée est réaliste pour les pays développés qui rencontrent des problèmes d'accès à l'eau. Cependant, il reste encore de nombreuses incertitudes, notamment en ce qui concerne les coûts de production. D'autres experts prédisent également un avenir prometteur pour les organismes génétiquement modifiés (OGM). Par exemple, aux États-Unis, des chercheurs de l'Innovative Genomics Institute envisagent d'utiliser la technologie CRISPR, également appelée "ciseaux à ADN", pour développer des semences génétiquement modifiées capables de réduire la production de méthane.
Environ 3 à 4 milliards de personnes ont le riz comme principal aliment dans leur régime alimentaire.
Il y a 400 millions de cultivateurs qui gagnent leur vie grâce à la culture du riz.
Selon les informations de Nature Food, la demande de riz devrait augmenter de 30 % d'ici à 2050 en raison de la croissance démographique.
La riziculture est responsable de 12% des émissions de méthane causées par les activités humaines.
L'agroécologie va à l'encontre de l'approche traditionnelle de la riziculture avec le développement du « système de riziculture intensive » (SRI) par le père jésuite Henri de Laulanié à Madagascar. Cette méthode agricole repose sur quatre principes opposés à ceux de la riziculture classique. Les plants de riz sont transplantés à un stade plus précoce, avec plus d'espace entre eux, en utilisant moins d'eau mais plus de nutriments grâce à l'utilisation de matière organique. Selon Erika Styger, chercheuse en agronomie à l'université Cornell, cette approche présente de nombreux avantages, tels que la réduction de 90 % de la consommation de plants de riz, une diminution de 30 % à 50 % des émissions de méthane, une réduction de moitié de la consommation d'eau et une diminution d'au moins un tiers de l'utilisation de fertilisants chimiques, tout en permettant d'obtenir de meilleurs rendements. Cependant, le principal obstacle reste la mécanisation, car les machines actuelles ne sont pas adaptées au SRI et à une riziculture résiliente, obligeant les agriculteurs à travailler manuellement.
Frank Niedercorn ( )
Texte rééc
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