Point de vue | Éducation : avec ou sans l'intelligence artificielle ?
L'incorporation de l'intelligence artificielle dans le domaine de l'éducation, grâce à l'utilisation de ChatGPT par les étudiants, suscite une réflexion quant à son utilisation par les écoles. Selon ces auteurs, l'IA ne représente pas une menace pour l'apprentissage, mais plutôt une opportunité pour les élèves de se surpasser.
La rapide apparition de l'intelligence artificielle soulève une question cruciale quant à son utilisation dans le domaine de l'éducation. Est-ce que nous avons besoin de cette "intelligence" pour améliorer l'enseignement ? C'est un enjeu important et les opinions sont encore très divisées. Cependant, la vitesse à laquelle l'IA se propage nous pousse à prendre position plus rapidement.
Il y a trois postulats qui guident notre réflexion. Tout d'abord, il est important de reconnaître que lorsqu'on parle d'IA, on ne parle pas réellement d'intelligence, mais plutôt de calculs probabilistes ou d'enchaînements d'algorithmes qui utilisent et combinent d'énormes quantités de données disponibles. Cependant, l'intelligence humaine ne se résume pas à des calculs. Elle englobe à la fois une pensée et une intentionnalité. Ces deux qualités permettent d'accéder à deux dimensions qui échappent à l'IA : la capacité de création ou de commencement, ainsi que l'accès à la vérité, qui ne relève pas d'une simple statistique mais d'un discernement qui est le fruit de l'esprit.
L'importance des règles
Le deuxième principe remet en question les profils et les intentions des acteurs de l'IA, plutôt que l'IA elle-même. Si l'éducation devient un marché contrôlé par des acteurs dont les motivations dépassent le simple domaine de l'éducation, il est à craindre que l'outil en lui-même prenne le pas sur son objectif initial. Malheureusement, c'est vers cette économie que nous nous dirigeons. Cependant, nous ne devons envisager l'IA dans l'éducation qu'en fonction de ce que l'éducation doit être et rester : un moyen de former l'esprit pour permettre à une nouvelle génération d'atteindre sa propre humanité. Un capitalisme de l'intelligence signifierait la fin de l'humanité. Ainsi, l'IA soulève une question politique centrale qui nous appartient de prendre en main.
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Le troisième postulat remet en question notre capacité à trouver des solutions pour contrôler l'IA. Un proverbe africain dit qu'il faut toute une communauté pour éduquer un enfant, ce qui montre bien que l'éducation ouvre des perspectives sur l'ensemble de la personne et établit des limites nécessaires à l'intelligence pour découvrir des valeurs, la culture du respect et le sens du compromis. L'intelligence ne peut pas exister en dehors d'un système de relations authentiques où l'esprit, le corps et la matière se réunissent pour former un tout. C'est pourquoi l'IA doit être intégrée à un projet éducatif qui établit clairement les règles d'autorité, de relations et d'enseignement qui définissent précisément le cadre de son utilisation.
Remettre en question les méthodes d'enseignement
En d'autres termes, l'intelligence artificielle n'a de sens que si elle va au-delà de nous-mêmes, nous permettant de nous développer en tirant le meilleur de nous-mêmes. Ce développement n'est possible qu'en créant les conditions favorables à l'accueil, à la différence et à l'émergence de l'inattendu, ce que l'intelligence artificielle ne peut jamais faire en raison de sa nature. Par conséquent, son intérêt pour l'éducation ne réside ni dans une substitution, ni dans une augmentation artificielle de l'intelligence humaine, mais dans sa capacité à remettre en question les méthodes d'enseignement.
Il existe déjà plusieurs possibilités pour améliorer l'apprentissage des élèves. Une de ces possibilités est l'utilisation de l'adaptative learning, qui permet d'ajuster les connaissances de chaque élève à son rythme d'apprentissage. Les neurosciences peuvent également être utilisées pour mieux comprendre les capacités physiques et cognitives des élèves, afin de les orienter de manière plus appropriée. Enfin, l'utilisation de l'immersive learning permet d'illustrer différentes approches techniques, géographiques ou historiques, ce qui facilite la compréhension des apprentissages dans leur contexte.
La médiation et le dialogue sont deux éléments essentiels d'un système éducatif. Ils jouent un rôle important dans le parcours de l'élève, en l'encourageant à poser des questions et à se poser les bonnes questions. Cela stimule son envie d'explorer, de découvrir et de partager. L'intelligence artificielle n'est pas incompatible avec ces aspects. Dans le premier cas, elle favorise une relation élargie entre l'élève et le professeur, où l'échange ne se limite pas à la réponse académique, mais s'étend au sens de la question, à la médiation et au dialogue qui en découle. Dans le second cas, se poser les bonnes questions fait référence à une réflexion intérieure, et la connaissance offerte par l'intelligence artificielle suscite la curiosité à cet égard.
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Une fois de plus, l'intelligence artificielle ne représenterait une menace que si elle était utilisée pour nous remplacer. En revanche, elle devient un atout lorsqu'elle nous permet d'approfondir notre connaissance de nous-mêmes et de ce que nous voulons devenir. Même si le "par coeur" a encore une place importante, c'est parce que l'IA ne peut jamais remplacer l'effort de mémoire sur lequel notre intelligence s'appuie pour nourrir notre esprit critique et notre motivation.
Jean-Christophe Fromantin occupe le poste de délégué général chez Anticipations et est également chercheur associé à l'IAE-ETI-Paris-Sorbonne.
Marguerite Léna exerce la profession de philosophe.
Guillaume Leboucher occupe le poste de directeur des données à la Fondation IA pour l'école.
Jean-Christophe Fromantin, Marguerite Léna et Guillaume Leboucher sont les noms de trois personnes.
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