Pour mettre fin à l'exceptionnalisme nucléaire, il est nécessaire de lier les aspects financiers et industriels. En fixant un prix élevé pour l'énergie nucléaire existante, sans garantir une production nucléaire équivalente, l'accord avec EDF ne résout pas le problème fondamental de l'industrie nucléaire française, selon Cécile Maisonneuve.
De Cécile Maisonneuve (créatrice de Decysive)
Mon texte réécrit:
Cécile
Dans son livre de référence sur le programme nucléaire français, intitulé "Le Rayonnement de la France", l'historienne Gabrielle Hecht décrit la bataille acharnée qui a eu lieu dans les années 1960, avant le plan Messmer de 1974, entre deux visions différentes du nucléaire en France. D'un côté, il y avait ceux qui prônaient une approche sociale, visant à rendre le nucléaire le moins cher possible tout en bénéficiant aux citoyens français et à l'économie du pays. De l'autre côté, il y avait les partisans du développement d'une filière nucléaire nationale, destinée à renforcer la grandeur de la France à l'étranger, avec un champion national en tête.
Malgré des visions différentes, l'ADN commun entre les deux parties est la performance industrielle. L'accord conclu le 14 septembre entre EDF et l'Etat, fixant le prix de vente de l'énergie nucléaire à 70 euros le mégawattheure à partir de 2026 (soit une augmentation significative par rapport au montant actuel de 42 euros), ne correspond à aucune de ces visions. La raison en est simple : il s'agit d'un accord financier à court terme entre deux entités fortement endettées.
Il est tout à fait normal qu'EDF considère comme prioritaire de réduire sa dette après une année difficile en 2022. Il est également compréhensible que l'État actionnaire, qui a dû acquérir la totalité des actions pour sauver l'entreprise, souhaite récupérer son investissement. Cependant, en ne liant pas les aspects financiers et industriels, c'est-à-dire en fixant un prix élevé pour l'énergie nucléaire existante sans exigence de production nucléaire, cet accord ne résout pas le problème principal du secteur nucléaire français. Ce problème n'est pas l'Arenh, le marché européen ou la position antinucléaire de l'Allemagne, mais plutôt les performances insuffisantes de l'outil industriel exceptionnel construit par EDF entre 1974 et 1994.
Comment l'accord conclu soutient-il ceux qui se battent quotidiennement chez EDF pour augmenter la production nucléaire ? Il est difficile de le comprendre. EDF réalisera des bénéfices importants, l'État recevra de généreux dividendes, d'autant plus que l'État endetté est toujours proche de l'État actionnaire. Cependant, l'indicateur clé de la santé du nucléaire français est le volume de MWh produits.
Aussi, n'hésitez pas à consulter également l'article sur les avantages et les inconvénients de la récente régulation des prix dans le domaine nucléaire.
Agnès Pannier-Runacher affirme que les citoyens français ont contribué financièrement au développement de l'énergie nucléaire. Par conséquent, il est juste qu'ils aient la possibilité de bénéficier d'une électricité abordable et compétitive.
Cet indicateur est particulièrement pratique car il entraîne automatiquement une diminution des coûts. Lorsqu'un outil industriel produit en grande quantité, cela réduit ses frais fixes. C'est le cas de toutes les centrales dans le monde, en dehors de la France. Les centrales américaines, qui utilisent la même technologie que les centrales françaises, ont réussi à réduire leurs coûts de production de 47 dollars à 29 dollars par mégawatt-heure au cours des dix dernières années.
Pourquoi se soucier du reste du monde quand EDF détient le monopole de la production d'électricité nucléaire en France ? C'est là que se trouve le problème principal de l'accord, qui ignore les pressions concurrentielles multiples exercées sur le secteur nucléaire français.
Revenir à un niveau exceptionnel
La concurrence des énergies renouvelables décentralisées avec stockage, la concurrence future des petits réacteurs, appelés SMR, pour répondre aux besoins industriels, et la concurrence du nucléaire américain, stimulé par l'Inflation Reduction Act, pour les entreprises qui envisagent de délocaliser ou de ne pas s'implanter en France. Il y a également une concurrence à l'exportation en Europe pour les nouveaux réacteurs : les problèmes industriels d'EDF concernant le parc existant sont un sujet de préoccupation, tout comme le lancement de deux nouveaux modèles en France (l'EPR 2) et à l'exportation (EPR 1200).
Cependant, véhiculer l'idée que la question des coûts du nucléaire existant ou futur est secondaire est contre-productif pour obtenir des financements, surtout dans un contexte de taux d'intérêt élevés. En effet, ce qui importe le plus à l'exportation, ce n'est pas tant la technologie que la capacité à construire rapidement et à fournir des solutions de financement, que ce soit par des entités publiques, comme le propose la Corée du Sud sollicitée par le Royaume-Uni, ou par des entités privées.
C'est ainsi que se présente la situation actuelle du nucléaire à l'échelle mondiale : si le nucléaire en France souhaite retrouver sa position d'exception, il doit abandonner toute idée d'exceptionnalisme.
Cécile Maisonneuve occupe le poste de présidente de Decysive et est également chercheuse principale à l'Institut Montaigne.
Cécile Maisonneuve est une personne.
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