Alice Guy, une des premières femmes influentes dans le monde du cinéma
LES FEMMES PRODUCTRICES DE FILMS (1/5) // Ayant commencé comme secrétaire de Léon Gaumont à seulement 21 ans, cette femme pionnière est reconnue pour avoir réalisé ce qui est considéré par certains comme le premier film avec un scénario : "La Fée aux choux". Après avoir été longtemps oubliée, cette scénariste, réalisatrice et productrice est désormais largement célébrée, témoignant de son importance dans l'histoire du cinéma. Un hommage lui a été rendu lors de la cérémonie d'ouverture des JO, avec une statue à son effigie émergeant de la Seine.
Écrit par Isabelle Lesniak
La question de savoir qui a créé le premier film de fiction à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle est source de débat parmi les spécialistes. C'est à ce moment que Georges Méliès a expérimenté l'utilisation de l'accéléré, un effet qui a eu un impact majeur sur le cinéma. Pendant longtemps, le cinéma n'était pas considéré comme un art, mais plutôt comme une forme de divertissement associée aux foires et aux cafés-concerts.
En 1896, Alice Guy, une jeune secrétaire de 21 ans employée chez Gaumont, crée ce qui est considéré par certains comme le premier film scénarisé jamais réalisé, intitulé "La Fée aux choux". Ce court métrage d'1 minute et 10 secondes (ou "25 mètres", selon sa créatrice) revisite de manière astucieuse le mystère de la naissance des bébés, en les faisant naître non pas des roses mais d'une rangée de choux disposés dans un décor très imaginatif, avec des accessoires en plâtre et des costumes faits maison. C'était une véritable révolution dans le monde du cinéma. Alice Guy, revêtue d'une robe, d'un chapeau, de bottines, d'un corset et de gants en dentelle, a ainsi dirigé pour la première fois une actrice devant une caméra, lui donnant des instructions pour qu'elle se baisse et cueille un chou qui, une fois monté, révélera un bébé. Cette scène est mise en avant dans la préface de son autobiographie, intitulée "La Fée-Cinéma".
Créativité et efficacité des ressources
Six ans plus tard, Méliès présente son premier film de fiction à succès mondial, "Le Voyage dans la Lune". Malgré un budget conséquent (10 000 francs, une somme importante à l'époque), le film raconte en treize minutes l'histoire incroyable de six astronomes envoyés dans l'espace, avec des décors riches et des costumes sophistiqués. De son côté, Alice Guy opte pour un sujet moins ambitieux, mais fait preuve d'une grande créativité et d'un point de vue féminin sur le corps. Jusqu'à sa mort en 1968, ses projets en tant que scénariste, réalisatrice et productrice mettent en avant des enjeux sociaux, notamment la condition des femmes et des migrants. Son travail inclut le premier film entièrement joué par des acteurs noirs, "A Fool and His Money", tourné aux Etats-Unis en 1912.
Le film "La Fée aux choux", sorti en 1896, a été réalisé par Ronald Grant Archive/ Mary Evans / SIPA.
Pourquoi Alice Guy a-t-elle été oubliée par l'histoire, alors que d'autres de ses contemporains comme les frères Lumière, Méliès et Louis Feuillade sont restés célèbres? Certains pourraient voir en elle une victime du patriarcat, qui aurait délibérément cherché à la rendre invisible en raison de son sexe. Cependant, le critique Jean-Michel Frodon souligne que son histoire a été racontée, mais pas suffisamment entendue. En 1955, elle reçoit la Légion d'honneur grâce aux efforts de Louis Gaumont, d'Henri Langlois et de la Cinémathèque. Par la suite, alors qu'elle vit à Bruxelles avec sa fille, elle est interviewée par des historiens du cinéma et des journalistes de la télévision et de la RTF.
Enfin à la mode
C'est dans le contexte actuel que cette réalisatrice, qui avait été oubliée, commence à être reconnue. Avec l'avènement du mouvement #MeToo, de nombreuses femmes, en particulier réalisatrices, s'intéressent à son parcours et veulent le mettre en avant. Sidonie Dumas, la directrice générale de Gaumont, la plus ancienne société de cinéma encore en activité, se réjouit de cette réhabilitation. Après avoir été oubliée, en partie à cause d'une fin de carrière difficile, elle est désormais à la mode et a même été représentée lors de la cérémonie d'ouverture des JO parmi les statues de femmes méconnues émergeant de la Seine. Alice Guy inspire de nombreuses œuvres, dont un roman graphique très documenté publié par Casterman et réalisé par Catel & Bocquet. Après s'être intéressé à d'autres figures telles que Olympe de Gouges, Kiki de Montparnasse ou Joséphine Baker, le duo ne pouvait pas ignorer le destin incroyable de la pionnière française du cinéma.
Sa carrière ne se déroulait pas comme prévu, même si à l'origine, le cinéma offrait des opportunités aux amateurs passionnés et aux innovateurs. Il faudra plusieurs années pour que le secteur se professionnalise, en particulier aux Etats-Unis, où une industrie cinématographique se développe d'abord dans le New Jersey puis à Hollywood. Alice Guy admet que sa jeunesse, son expérience et son sexe étaient des obstacles pour elle dans son livre "La Fée-Cinéma".
En l'occasion des 150 ans depuis la naissance d'Alice Guy, reconnaissons et célébrons son rôle de pionnière en tant que première réalisatrice de l'histoire du cinéma. Nous lui devons un hommage bien mérité.
Même si le cinéma est son amour, la passion est difficile à gérer. Née en 1873 à Saint-Mandé, dans le Val-de-Marne, cette femme venant d'un père libraire qui a fait fortune au Chili avant de tout perdre aurait dû rester une jeune fille élevée dans un couvent, choyée par sa grand-mère, capable de rester sage en se tenant aux côtés d'un homme respectable en écoutant de la musique classique. C'est ce que pense la journaliste et réalisatrice Claire Clouzot dans la préface de "La Fée-Cinéma".
En raison de problèmes financiers, elle est contrainte de commencer à travailler très jeune. Elle décide d'apprendre la sténodactylographie, un métier généralement réservé aux hommes à cette époque. En 1895, elle est embauchée au Comptoir de la Photographie, une entreprise spécialisée dans la fabrication d'appareils photo. Léon Gaumont, âgé de 29 ans, est l'un des responsables de l'entreprise avant de la racheter. C'est lui qui offre une opportunité à sa secrétaire, qui a gravi rapidement les échelons grâce à son audace.
Les avancées technologiques
Elle assiste de près aux premières inventions des frères Lumière : le film du train arrivant en gare ou la scène de l'arroseur arrosé, des classiques que l'on peut voir à l'Institut Lumière à Lyon. Elle observe la compétition féroce entre fabricants pour innover – le Phonoscope de Georges Demeny contre le chronophotographe de Gaumont. « Étant la fille d'un éditeur, j'avais beaucoup lu et retenu pas mal de choses. J'avais également fait un peu de théâtre amateur. Avec courage, j'ai timidement proposé à Gaumont d'écrire une ou deux petites scènes et de les faire jouer par des amis », raconte-t-elle.
Elle a la permission de son patron d'exercer sa passion, tant que cela n'affecte pas son travail de secrétaire. Selon Sidonie Dumas, cette arrangement est bénéfique pour les deux parties, car elle peut poursuivre ses expérimentations tout en fournissant à Gaumont du contenu qui met en avant leurs innovations technologiques.
Elle commence sa journée en arrivant au travail à 8 heures pour s'occuper du courrier, prend un bus pour se rendre dans un studio improvisé aux Buttes-Chaumont, puis retourne au bureau pour s'occuper des tâches administratives jusqu'à 22 ou 23 heures. En fin de compte, c'est à Belleville, près des ateliers de tirage des travaux photographiques, que la personne en charge des théâtres de prises de vues réalise ses premières images. Cela se passe sur une terrasse abandonnée donnant sur un terrain vague, où le sol bitumé rend impossible la mise en place d'un décor stable.
Un drap peint par un artiste du quartier, un décor simple, des légumes sculptés par des artisans, des costumes empruntés à différents endroits près de la porte Saint-Martin, mes amis jouant comme acteurs autour d'un bébé qui pleure, et voilà. "Je pourrais exagérer en disant que 'La Fée des choux' est un chef-d'œuvre, mais il a été assez bien accueilli pour que je puisse essayer à nouveau", se réjouit-elle.
Il est dit qu'il a réalisé environ un millier de films, bien qu'il soit difficile de confirmer ses réalisations à cause de l'absence de générique dans les archives de Gaumont. Certains de ses films ont laissé une marque dans l'histoire, notamment « La Vie du Christ », un court-métrage de 34 minutes tourné en hiver 1906 qui est considéré comme le premier péplum au monde, avec 25 décors et 200 à 300 figurants.
Une personne qui occupe plusieurs rôles dans l'industrie cinématographique a découvert de manière fortuite une variété de petits détails qui annonçaient les effets spéciaux.
Une personne qui occupe plusieurs rôles dans l'industrie cinématographique, tels que scénariste, réalisatrice, directrice de production, directrice artistique et régisseuse, a découvert de nombreux petits astuces liés aux effets spéciaux de manière fortuite. Ces astuces incluent le tournage inversé pour montrer une maison s'écroulant puis se reconstruisant, l'utilisation de ralentis et accélérations pour manipuler le mouvement, les superpositions et les fondus pour évoquer des rêves, etc.
Malgré des outils peu avancés et difficiles à manipuler, elle se distingue par son imagination, son humour et son approche originale même pour des genres classiques comme le western. Sa liberté de ton est évidente dès ses titres tels que "J'ai un insecte dans mon pantalon", "Maïeuticienne de haut niveau" et "La routine de monsieur pendant son bain". Dans "Madame a des envies", elle décrit les besoins d'une femme enceinte. Dans "Les Résultats du féminisme", elle imagine les hommes à la cuisine et les femmes aux affaires tout en socialisant.
Talent incroyable
Sa vie personnelle est assez ordinaire. Après de nombreuses années en tant que célibataire, Alice Guy se marie plus tard avec un collègue, Herbert Blaché, qu'elle suit aux Etats-Unis pour aider à la commercialisation du chronophone (précurseur du cinéma sonore) pour Gaumont. Pendant qu'elle s'occupe de leurs deux enfants, Simone et Reginald, elle fonde en 1910 la Solax, une société de production éphémère qui fait faillite lorsque son mari en reprend le contrôle.
Après les comportements scandaleux d'Herbert et sa décision de partir sur la côte ouest avec une starlette, le couple décide de divorcer. La carrière d'Alice Guy connait une évolution contrastée, passant d'un début flamboyant à une période plus difficile. Malgré des allers-retours fréquents entre les Etats-Unis et l'Europe, elle peine à retrouver sa place dans l'industrie du cinéma. Cependant, elle conserve une certaine renommée aux Etats-Unis. Martin Scorsese la décrit comme une réalisatrice exceptionnelle, dotée d'une sensibilité rare, d'un regard poétique et d'un instinct remarquable pour choisir les lieux de tournage.
Le texte a été réécrit par Is
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