Les élections européennes et américaines suscitent des inquiétudes, mais il ne faut pas désespérer. Dominique Moïsi se demande si la montée des droites dures en Europe pourrait favoriser la victoire de Donald Trump aux États-Unis cinq mois plus tard. Ou bien, le rejet par une majorité d'Américains d'un ancien président candidat nous amènera-t-il à interpréter de manière plus objective les résultats des élections européennes?
Écrit par Dominique Moïsi, expert en géopolitique et conseiller spécial à l'Institut Montaigne.
Entre le 9 juin 2024 et le 5 novembre 2024, il est clair que les élections européennes et américaines n'ont aucun lien apparent. Cependant, pourrait-on les voir comme un prolongement ou un second tour des premières élections ?
Est-ce que le succès prévu des partis de droite extrême en Europe pourrait annoncer la victoire de Donald Trump aux États-Unis cinq mois plus tard ? Ou est-ce que le rejet par la majorité des Américains d'un candidat ancien président condamné par la justice – une première dans l'histoire des États-Unis – nous amènera à interpréter de manière plus réfléchie les résultats des élections européennes ?
Il est important de prendre le temps de réfléchir. Cependant, les événements de l'année 2016 et ce qui a suivi devraient nous inciter à être prudents. Le 23 juin 2016, la majorité des Britanniques (principalement des Anglais) ont voté contre l'Union européenne (52%).
L'idée d'un "Singapour sur la Tamise" était une illusion. Malgré la diversité des électeurs au Royaume-Uni, une petite majorité de grands électeurs américains a élu Donald Trump à la présidence, ce qui a surpris tout le monde, y compris le candidat lui-même.
Huit ans plus tard, en 2024, la plupart des habitants du Royaume-Uni regrettent d'avoir voté comme ils l'ont fait en 2016. Ce choix, qui les a plongés dans l'incertitude, n'a pas abouti aux résultats promis et a seulement conduit à l'isolement croissant et coûteux du pays, tant sur le plan économique que financier.
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L'idée de reproduire un modèle similaire à Singapour à Londres s'est avérée être sans fondement. Il est fort probable que le 4 juillet prochain, les citoyens britanniques éliront une majorité travailliste de centre gauche, qui est parfaitement équilibrée et sensée.
La priorité de la nouvelle majorité au gouvernement est de progressivement rapprocher la Grande-Bretagne de l'Union européenne à travers une politique de petits changements. Cette approche pourrait servir de modèle pour une intégration progressive de l'Ukraine dans l'Union européenne à l'avenir.
Incertitude aux États-Unis
Il est difficile de savoir ce qui se passera le 5 novembre aux États-Unis : est-ce que l'issue sera similaire à celle de 2016 ou de 2020 ?
Malgré l'opinion dominante parmi les élites économiques et financières en France selon laquelle une victoire de Donald Trump semble probable et pas si catastrophique que cela (car il n'est pas un idéologue mais imprévisible), rien n'est encore certain. De nombreux événements imprévisibles pourraient se produire dans les cinq prochains mois.
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En Europe, la confiance est présente, tandis qu'aux Etats-Unis, l'incertitude règne. Il est évident que, de part et d'autre de l'océan Atlantique, le vote ou le non-vote des jeunes peut avoir un impact crucial. De plus en plus de jeunes choisissent de voter pour les partis de droite dure en Europe.
Alors même que le réchauffement climatique représente une menace de plus en plus sérieuse et urgente, il semble que de nombreux jeunes électeurs accordent désormais plus d'importance à leur crainte du "grand remplacement" qu'à leur inquiétude légitime pour la préservation de la planète.
Quelle est la raison de ce changement soudain ? Pourquoi préfère-t-on souvent se replier sur un passé idéalisé plutôt que de s'inquiéter pour l'avenir de la planète ?
En France, on observe un phénomène typique de changement radical. Les partis politiques de droite extrême, représentés par le RN et Reconquête, étaient en tête des sondages pré-élections européennes avec près de 40% des voix. En revanche, les Verts ont perdu beaucoup de soutien depuis 2019.
Pourquoi cette soudaine volte-face est-elle si remarquable ? Pourquoi la préférence pour un passé idéalisé l'emporte-t-elle sur les inquiétudes concernant l'avenir de la planète ?
Certains soulignent les conséquences néfastes des années de la pandémie de Covid-19 et comment le repli sur soi peut favoriser l'émergence d'un narcissisme malsain, amplifié par l'impact négatif des réseaux sociaux.
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De la France à l'Allemagne (où l'AFD, contrairement au RN, a décidé de se montrer ouvertement) en passant par l'Italie et l'Espagne, ainsi que les Pays-Bas et la Belgique, le fait que les jeunes se tournent vers une droite extrême ne peut que susciter nos interrogations et nos craintes.
J'ai eu le privilège d'assister en personne aux célébrations du quatre-vingtième anniversaire du Débarquement en Normandie. Les jeunes ont joué un rôle essentiel dans l'organisation des événements. Ils ont chanté, dansé, mettant en avant la bravoure des vétérans encore en vie et l'importance de l'union européenne, grâce à la réconciliation entre la France et l'Allemagne.
Ils étaient trop jeunes pour voter. Une fois en âge, pourront-ils soutenir une politique de droite radicale après avoir assisté à ces célébrations positives, respectueuses et axées sur l'humanisme ? Cela peut sembler insignifiant, mais cela a une importance.
La préoccupation aux Etats-Unis n'est pas tant le vote des jeunes en faveur d'une droite dure, mais plutôt leur abstention qui pourrait compliquer la victoire de Joe Biden, candidat prônant la raison et la décence. La politique audacieuse adoptée par le président actuel de la Maison-Blanche concernant le Moyen-Orient a provoqué le désamour des jeunes et radicaux de la gauche américaine.
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Que se passera-t-il d'ici cinq mois, si le conflit à Gaza n'est plus au premier plan de l'actualité après la conclusion d'un accord de cessez-le-feu durable ? Ce n'est pas Joe Biden qui a demandé à Benyamin Netanyahou de parler devant les deux chambres du Congrès le 24 juillet, mais le Président de la majorité républicaine de la Chambre des représentants.
La montée de l'extrême droite en France lors des élections européennes et américaines est un signal inquiétant pour la démocratie, mais il ne faut pas perdre espoir. Il ne faut pas penser que l'avenir est déjà écrit et que nous sommes face à un destin tragique inévitable.
Tout comme Poutine n'a pas encore réussi en Ukraine, les mouvements populistes ne sont pas en passe de prendre le pouvoir de part et d'autre de l'Atlantique. Il est vrai que l'Europe pourrait se retrouver plus fragmentée qu'elle ne l'a été depuis la fondation de l'Union européenne après cette élection.
Il est indéniable que l'extrême droite, qu'elle soit visible ou cachée, représente un danger pour la démocratie, que ce soit en France, en Allemagne ou même en Italie. Son impact sur la stabilité économique est néfaste en raison de l'incertitude qu'elle engendre et de son imprévisibilité.
Dominique Moïsi est un expert en géopolitique.
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