Le pouvoir de la laideur transformée
Pierre-Louis Lensel explore l'impact de l'apparence physique désagréable sur les parcours historiques en examinant onze personnages dans son ouvrage intitulé "Ode aux laids".
Écrit par Sabine DELANGLADE
Klaus Nomi, un chanteur allemand au physique peu attrayant, a utilisé sa laideur pour mettre en valeur son art, tandis que Danton l'a mise au service de sa carrière politique. Manon Roland, une révolutionnaire, a décrit son apparence comme étant repoussante. Malgré cela, avant d'être guillotiné en 1794, Danton a demandé au bourreau de montrer sa tête au peuple, affirmant qu'elle valait la peine d'être vue. L'historien Pierre-Louis Lensel a écrit un livre sur la laideur de onze personnages historiques, sans chercher à minimiser son impact sur leurs vies. Il se demande par exemple si Toulouse-Lautrec aurait connu le même succès en tant que peintre s'il avait été grand et beau. De même, aurait-il été possible pour Madame Palatine d'avoir la même liberté dans la cour de Louis XIV si elle avait eu l'apparence d'une princesse de conte de fées. Cette réflexion montre que la vie n'est pas un conte de fées.
Madame Palatine, épouse de Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV, a marqué son époque par son mélange d'orgueil princier et de vulnérabilité, son activité de correspondante indiscrète, son fort tempérament et son apparence de plus en plus peu flatteuse, qu'elle assumait avec pragmatisme, dureté et humour. Elle décrivait son apparence de manière humoristique en soulignant ses défauts physiques tels que sa taille, sa peau tachetée, son visage ridé et son nez déformé par la variole. Elle se moquait d'elle-même en décrivant sa "jolie figure" à une amie.
Le critique Sainte-Beuve était décrit par le poète Alfred de Vigny comme un homme laid et commun, avec un dos voûté, qui parlait de manière obséquieuse et révérencieuse, ressemblant à une vieille femme. Victor Hugo le surnommait "Sainte Bave" et lui dédia un vers magnifique. Il était connu pour sa laideur conquérante lorsqu'il devint l'amant d'Adèle, la femme de Victor Hugo.
Albert Jugon, une personnalité importante parmi les Gueules cassées. En 1921, il a été l'un des fondateurs de 'L'Union des blessés de la face' et est devenu une figure emblématique de cette organisation. Il n'a jamais arrêté d'aider les blessés, et à partir de 1939, il a malheureusement dû faire face à de nouveaux cas de victimes à soutenir. Malgré les séquelles de la Grande Guerre sur son visage, Albert a réussi à vivre près de cinquante ans en faisant de sa défiguration une sorte de fierté. A l'âge de 23 ans, il a enduré des souffrances inimaginables : « Il avait perdu une grande partie de son visage et de sa gorge, allant du nez jusqu'à la poitrine » décrit le R.P. Lenoir. Même dans cette situation, il voulait recevoir la communion, mais c'était impossible de déposer quoi que ce soit dans ce chaos de chair et de sang.
Livre de réflexion sur l'esthétique, intitulé "Appréciation des personnes considérées comme peu attrayantes" par Pierre-Louis Lensel. Disponible aux é
Le nom de Sabine Delanglade
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