Analyse | Les Etats-Unis envisagent la création d'un parapluie numérique mondial qu'ils voudraient étendre à leurs partenaires, ce qui suscite des tensions en raison de la question de la souveraineté numérique des Etats, selon Guillaume Tissier.
Aux Etats-Unis, il est courant de voir le business et la diplomatie être liés. Le Département d'Etat américain a saisi l'occasion de la RSA Conférence pour exposer sa stratégie internationale en matière de cyberespace.
Sous le concept de "solidarité numérique", elle offre à ses alliés et partenaires une protection en ligne qui reflète les valeurs américaines d'universalisme : la promotion des valeurs, l'interventionnisme et le sentiment d'exceptionnalisme.
Le triptyque des États-Unis
En ce qui concerne les valeurs, les États-Unis se positionnent comme protecteurs d'un cyberespace numérique qui soit libre, ouvert, prospère, sécurisé, durable, inclusif et interopérable.
En tant que force motrice de cet universalisme, l'interventionnisme se manifeste de diverses manières : renforcement des capacités par le biais de l'USAID, financement d'infrastructures, promotion de normes technologiques ouvertes et soutien en cas d'attaque. L'aide très efficace accordée à l'Ukraine avant l'attaque russe a été étendue à de nombreux autres pays dans ce contexte.
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Le chef du ComCyber et de la NSA, le général Timothy Haugh, a déclaré devant le Sénat américain que ses équipes avaient mené 22 missions de détection de logiciels malveillants dans 17 pays étrangers en 2023, dans le but de renforcer leur défense. Cependant, ces actions ont parfois entraîné une perte de souveraineté pour ces pays. Le général Bonnemaison, responsable de la Cyberdéfense française, a souligné en début 2023 que ces opérations, qualifiées d'agressives, exposaient les pays à une forme d'intrusion.
L'un des principes clés de cette vision universelle américaine est l'exceptionnalisme, qui soutient que les Etats-Unis ont une destinée particulière liée à leur domination des grandes entreprises technologiques, en particulier dans le domaine du cloud computing public.
Conflit avec ses collègues
Par conséquent, les désirs de certains proches collaborateurs concernant la souveraineté numérique sont considérés comme pouvant compromettre les "objectifs importants de sécurité et de croissance de l'économie numérique".
Le Département d'Etat s'oppose à la localisation des données, aux frais d'utilisation de réseau, aux taxes sur les services numériques et à toute autre forme de restriction pour accéder aux marchés. Il exprime des inquiétudes concernant les initiatives européennes en matière de cloud computing, soulignant que les services de cloud et les data centers peuvent créer des tensions avec nos partenaires commerciaux. Certains pays ont même menacé d'exclure les fournisseurs de cloud américains de leur marché en raison de préoccupations liées à l'accès et au contrôle des données, malgré l'existence du Cloud Act.
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Devant la menace de l'augmentation de l'influence des fournisseurs de services cloud provenant de pays autoritaires, on met en lumière le fait qu'ils sont généralement plus flexibles pour répondre aux besoins économiques immédiats des entreprises locales. Ils proposent des offres incluant des aides financières, des infrastructures cloud locales et des formations.
Il est clairement indiqué que la Chine est considérée comme la principale menace en matière de cybernétique pour les réseaux gouvernementaux et privés aux États-Unis, suivie par la Russie, la Corée du Nord et l'Iran. Cette stratégie est cohérente et efficace.
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Cependant, cette approche n'est pas sans critiques. Elle combine la promotion des intérêts économiques avec la notion de "solidarité numérique". De plus, elle remet en question les objectifs légitimes de l'Union européenne en matière d'autonomie stratégique, démontrant ainsi que les actions déjà entreprises ont des conséquences tangibles.
Cela devrait nous inciter à renforcer nos entreprises françaises et ne pas laisser le terrain numérique aux entreprises internationales. Il est crucial de sauver Atos dans cette perspective. Il est clair que la stratégie américaine tire pleinement parti de nos faiblesses, de nos divisions et parfois de notre absence.
Le directeur du Forum InCyber Europe s'appelle Guillaume Tissier.
Guillaume Tissier
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