Point de vue | Transition vers une économie écologique : est-il nécessaire d'abandonner la Responsabilité Sociétale des Entreprises ?
Pour que les entreprises parviennent à réduire leur empreinte carbone, il est important que les dirigeants distinguent clairement entre les risques liés à la transition, les risques physiques et le plan de décarbonation, souligne Cédric Ringenbach. Il est cependant important de ne pas se limiter au vocabulaire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises.
Lors de mes rencontres avec les dirigeants de nombreuses grandes entreprises, je suis préoccupé par le constat suivant : la plupart d'entre elles ont un plan pour réduire leurs émissions de carbone, mais elles ne réfléchissent que rarement aux risques liés à cette transition. Elles ne se demandent pas si leur modèle économique est compatible avec un monde en transition vers une économie décarbonée.
Je remarque qu'elles les confondent fréquemment avec les dangers pour la santé ou les stratégies de réduction des émissions de carbone.
Les impacts physiques sont les effets du changement climatique sur mon travail. Les stratégies de réduction des émissions sont des promesses que je fais pour réduire mon impact environnemental. Les risques liés à la transition concernent les changements de réglementation qui pourraient influencer la façon dont je gère mon entreprise.
L'évaluation de l'empreinte carbone : un élément de jugement négatif ou une analyse stratégique ?
Certaines entreprises hésitent encore à inclure dans leur évaluation de l'empreinte carbone des sources d'émissions significatives, soit par manque de contrôle, soit par crainte d'être critiquées. Elles perçoivent l'évaluation de l'empreinte carbone comme une évaluation négative plutôt que comme un outil de diagnostic.
Il est crucial de faire la distinction entre les émissions de gaz à effet de serre pour lesquelles nous sommes directement responsables et celles sur lesquelles nous sommes dépendants. Cela nous permettra de passer d'une approche basée sur la communication (promettre des actions) à une approche stratégique (analyser les risques liés à notre activité).
Il est maintenant nécessaire de changer notre façon de parler de la responsabilité des entreprises. Ce n'est plus une question de juger si leurs actions sont bonnes ou mauvaises, mais plutôt de se demander si elles pourront survivre dans un monde qui se tourne vers la décarbonisation.
L'entreprise n'a pas pour mission de sauver le monde en renonçant à ses profits. Sa principale préoccupation est de rester rentable et cette vérité nous est rappelée.
Modifier les conditions du jeu
Sans modifier les conditions du jeu, notamment en instaurant un prix sur le carbone, les solutions pour réduire les émissions de carbone ne sont généralement pas rentables. Cependant, nous sommes actuellement coincés dans un cercle vicieux : tant que les entreprises ne sont pas prêtes, les politiques ne changent pas. Et tant que les politiques ne changent pas, les entreprises ne se préparent pas.
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Afin de trouver une solution à cette situation bloquée, ces entreprises peuvent envisager les dangers liés à la transition. Elles doivent se préparer à l'arrivée d'une transition écologique ambitieuse, et examiner ce sujet du point de vue de la gestion des risques.
Investir dans l'avenir
Un risque est une situation imprévisible qui peut avoir des conséquences graves et une certaine probabilité. Cependant, avec les risques liés aux transitions, les incertitudes sont principalement dues à des choix humains impossibles à anticiper : des changements réglementaires, des évolutions dans les comportements, des avancées technologiques… Dans ces cas, les méthodes classiques de gestion des risques ne sont plus efficaces.
Lorsque nous prenons une décision, nous le faisons en fonction de notre vision de l'avenir, que cela soit conscient ou non. Pour décider de la politique climatique de mon entreprise, je dois me demander si la transition sera enclenchée dans le monde ou non, car cela déterminera le succès de cette décision. Cependant, il est impossible de prédire le comportement du monde. Ainsi, je dois prendre ce genre de décisions en écoutant mon intuition et en me basant sur ma conviction personnelle, car c'est un véritable pari.
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Les chefs doivent changer leur façon d'agir en passant d'une attitude de contrôle et de suivi à celle de guide et d'innovateur. Comme des leaders, ils doivent montrer la direction à suivre et motiver leur équipe, car comme le disait Abraham Lincoln, "La meilleure façon de prédire l'avenir est de le créer".
Cédric Ringenbach occupe le poste de directeur général chez Blue Choice et est le créateur de la Fresque du Climat.
Nom: Cédric Ringenbach
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