Les acteurs du monde des affaires, habituellement réservés, se posent des questions sur ce qu'ils devraient dire et ne pas dire lors de cette campagne électorale. Ils sont préoccupés autant par le projet de la gauche que par celui du Rassemblement National.
Écrit par Dominique SEUX
Quelle est l'opinion des acteurs économiques sur la situation politique et les actions à entreprendre ? Publiquement, il est important de se référer au communiqué du Medef, publié mardi après une réunion prolongée de son conseil exécutif la veille. Cette organisation, qui représente « 200 000 entreprises », appelle à la « continuation des réformes » et exprime des préoccupations concernant tout ce qui pourrait entraîner un « risque d'instabilité financière et de méfiance de nos partenaires économiques ».
Patrick Martin, président de l'organisation, a officiellement demandé aux partis politiques de présenter leurs idées devant ses membres le 20 juin. Il est prévu que des discussions aient lieu avec le Rassemblement National, les quatre partis de gauche, Renaissance et Horizons, ainsi que le parti d'Edouard Philippe – montrant ainsi l'indépendance que ce dernier cherche à obtenir. Il est probable qu'un document sera publié dès la semaine prochaine. De son côté, l'Afep, qui représente les grandes entreprises, est en train de réfléchir à sa position.
Les entreprises reconnaissent que Emmanuel Macron les a beaucoup soutenues depuis 2017. Cependant, elles ne veulent pas explicitement encourager à voter pour les candidats du président aux élections législatives, malgré les appels de Bruno Le Maire et les contacts de Alexis Kohler. La situation est complexe et délicate.
Ce qui a été remarqué par tous est que le Rassemblement National n'est pas mentionné dans le communiqué du Medef. Il n'est pas non plus mentionné dans celui de la CPME dirigée par François Asselin, qui appelle à une « confirmation de la politique de l'offre » et à la défense de la « valeur travail ». Pourquoi ? « Le RN n'a ni conviction ni compétence en économie, c'est vrai. Cependant, le critiquer serait contre-productif. Nous sommes avant tout centrés sur les bénéfices », explique un dirigeant.
Il est clair que les moyennes et grandes entreprises craignent fortement l'éventualité de Jordan Bardella accédant au pouvoir. Cependant, elles pensent aussi que s'il devenait président, il serait obligé de modérer ses positions et de négocier avec elles. Une autre personne influente mentionne les contre-pouvoirs tels que le Sénat, le Conseil constitutionnel, etc., en cas d'une telle situation.
De plus, il est important de noter que la coalition de gauche suscite également des inquiétudes parmi les milieux d'affaires, parfois même davantage. Un autre chef d'entreprise a exprimé : "C'est un choix entre deux maux. La France insoumise a des convictions qui vont à l'encontre de l'économie de marché, des entreprises, des entrepreneurs, et de ceux qu'ils considèrent comme riches. Leur opinion ne changera jamais. Entre des incompétents et des dogmatiques…"
L'intervention de l'ancienne députée du parti de La France insoumise, Clémentine Autain, sur France Info ce matin, a suscité des réactions et des préoccupations. Selon elle, il est possible de trouver 50 milliards d'euros par an pour financer les services publics en rétablissant l'Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF), en augmentant le nombre de tranches de l'impôt sur le revenu de 6 à 14, et en mettant fin aux aides aux grandes entreprises. De plus, il faudrait entre 15 et 30 milliards par an pour abaisser l'âge de départ à la retraite à 60 ans… Est-ce vraiment si simple ?
L'instabilité politique actuelle est la cause de l'agitation sur les marchés financiers : la Bourse de Paris a enregistré une baisse de 4% depuis le début de la semaine (les autres marchés européens ont également reculé, mais dans une moindre mesure) ; la prime de risque sur les obligations d'Etat à 10 ans est au plus haut niveau depuis 2017 (il s'agit de la différence de taux d'intérêt entre l'Allemagne et la France). Il est possible que les taux d'intérêt français dépassent bientôt ceux du Portugal, ce qui serait une première.
Dominique Seux
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